• Je suis un Melmacien. Je provoque des évènements... (Gordon Shumway)

     

      

    Gordon Shumway, alias Alf, extraterrestre de petite taille, s'écrase un jour sur le garage d'une famille américaine typique, moyenne, banlieusarde.

    Il est des rencontres surprenantes qu'il faut approfondir. Aussi quand Alf débarque chez les Tanner, c'est aussi chez nous qu'il s'installe, c'est nos vies qu'il bouleverse, c'est notre frigo qu'il vide, c'est notre cœur qu'il vole.

    Tous les fans de série tv, en particulier les amis de Alf, nous comprendront.

    Nous découvrons alors un petit être d'une grande personnalité, ayant l'habitude de traverser la vie avec flegme et humour, en cassant sereinement tout sur son passage.

    Avec Alf, point de révélations scientifiques ou technologiques fracassantes ; rien que l'évocation de quelques étranges objets. Gordon Shumway ne présente rien d'extra-ordinaire : pas de pouvoirs parapsychiques, hormis la manipulation mentale, pas de solutions magiques à proposer, pas d'informations précieuses sur l'hyperespace qui ne soit déjà pour nous des probabilités imaginées par notre science et notre science fiction.

    Quant à ce qu'il sait faire, on est dans le dérisoire. Alf casse tout mais ne construit rien et quand il s'affaire, c'est pour bousiller la radio de Willy, fausser les taux d'écoute du système audimat, interférer avec le programme télé de Raquel à l'aide de quelques dérivations de câbles, démonter un moteur de tondeuse à gazon pour le replacer dans un véhicule qui pourrait être fabriqué par un enfant.

    Il ne cesse pourtant d'évoquer les 4 millions d'années d'avance de la civilisation Melmacienne sur la nôtre. Nous acceptons ce chiffre puisqu'il ne signifie pas grand chose pour nous, mais si cette avance n'est jamais explicitée - porte t'elle sur la capacité du voyage hyperspatial, ou sur l'aptitude melmacienne à s'adapter à l'atmosphère d'autres planètes, ou sur la quantité de nourriture ingérée ? - nous sommes convaincus de sa réalité.

    En matière de savoir, Alf est « monsieur tout le monde. » Sa fantastique irruption dans notre réalité se transformera très vite en banale routine terrestre et fera de lui un étranger parfaitement intégré.

    Le personnage est séduisant : la couleur de sa fourrure aussi, soleil levant, ou couchant, sa verve illimitée et ses caprices enfantins. Il est l'autre, le possible fantasque dont nous rêvons depuis toujours : quelqu'un qui nous ravisse, qui ne soit pas méchant et nous apprenne, de temps en temps, des choses que nous ignorons.

    Si Alf agit en catalyseur dans la famille Tanner, et la maintient en état permanent de catastrophe, il l'influencera aussi beaucoup, la sortant de son train train quotidien, lui faisant accéder à un monde de possibilités qu'elle n'aurait pu imaginer sans lui. La crise de couple est inconnue chez les Tanner, il faut faire bloc face à l'invasion.

    Plus nous regardions cette série et plus notre curiosité à l'égard de ce personnage s'éveillait, nous poussant à chercher des réponses aux questions implicitement posées par sa présence sur terre.

    Qu'est venu faire cet individu sur notre planète ? Il n'est quand même pas là uniquement pour manger le chat ! D'ailleurs, durant tout son séjour, de son doigté melmacien, il saura tuer l'ennui, titiller la nature humaine, imposer sa compréhension fantasque de notre monde, et se rendre attachant.

    La rencontre avec les Tanner, famille un peu « truffe », est elle un hasard ? Pourquoi cette famille est elle si peu curieuse de l'univers d'origine d'Alf et des trésors de connaissance qu'elle pourrait en tirer ?

    A t' il réellement eu un accident, échappé à un holocauste nucléaire ? Est il le seul rescapé ? Car Alf ne nous paraît pas non plus très nostalgique pour un exilé : est ce du réalisme, de la sagesse, ou une amnésie provoquée par son accident ?

    Va t-il retrouver un jour son amour, ses amis, sa planète ? Quelles sont les perspectives d'avenir d'Alf ? Même en se projetant dans le meilleur des futurs, il bute toujours sur la force anti extraterrestre.

    Et quand il est capturé, son séjour au sein de la l'armée américaine souligne encore davantage combien il est si désespérément seul, si unique, que l'on souhaite qu'il puisse rentrer chez lui, ou au moins retrouver des congénères...

    Alors, comment ne pas s'intéresser à son destin, comment ne pas l'aimer ?

    En Amérique, région à l'humour incertain, une des plus célèbres blagues de Gordon Shumway est celle ci : Vous pouvez choisir vos amis, vous pouvez choisir votre nez mais vous ne pouvez pas trouver un mot qui rime avec orange !

    Les américains disposent peut être de moins de rimes que les français pour orange, mais de toute façon, frange, vendange, engrange, sont des mots qui ne nous ramènent qu'à notre petite planète. Sur Melmac, orange ne rime pas et Alf nous indique là que ce qui est réellement important sur le monde dont il vient, c'est la gaieté, la légèreté de l'être et le déploiement de sa fantaisie.

    C'est donc de là que nous avons entrepris ce petit exercice, à partir d'une orange fantaisie, nous laissant guider par les propos de Alf, le traitement du sujet par ses créateurs, notre propre intuition et notre grand désir de trouver un sens à son histoire et d'une « heureuse fin » à l' aventure de ce naufragé. Notre naufragé préféré.

     





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